Reclaim Finance propose son nouvel outil : le Scan de la Finance Fossile. L’ONG passe au crible les politiques adoptées par 56 banques, assureurs et investisseurs français sur le pétrole et gaz. Selon cette analyse, moins de la moitié des acteurs français (25 sur 56) a adopté une politique visant à réduire leur exposition à au moins l’un des secteurs d’activité pétro-gaziers les plus risqués. Et aucun acteur n’a adopté de politique pour réduire sa présence dans l’ensemble de ces secteurs.
« Parmi les acteurs qui n’ont aucune politique figurent des géants financiers comme Amundi et Lyxor, filiale du groupe Société Générale, prévient Reclaim Finance. D’autres poids lourds n’ont pas de politique sur des secteurs dans lesquels ils sont très investis : c’est le cas d’AXA qui, selon nos calculs, en 2020, comptabilisait 2,3 milliards de dollars d’investissements et d’obligations dans les 100 entreprises les plus exposées au pétrole et gaz de schistes ». Dans un courrier adressé aux directions des 56 acteurs évalués dans le Scan de la Finance Fossile, Reclaim Finance lance « un appel urgent à annoncer la fin immédiate des soutiens directs et indirects » à tout nouveau projet de pétrole et de gaz dans les secteurs d’activité les plus risqués.
Charbon, pétrole ou gaz : même combat
Après le charbon, Reclaim Finance s’attaque donc aux investissements dans les secteurs fossiles les plus risqués. L’ONG cible particulièrement cinq secteurs : les forages en eaux profondes, les sables bitumineux au Canada, les pétrole et gaz de schistes aux États-Unis, les forages en Arctique, et l’intégralité de la chaîne de valeur du gaz naturel liquéfié (GNL). « Lorsqu’elles existent, les politiques sont trop lacunaires », juge Reclaim Finance. Sur 56 acteurs, seulement 22 ont une politique visant les sables bitumineux. En parallèle, 13 acteurs sur 56 se sont positionnés contre les forages en Arctique, 16 sur les gaz et pétrole de schistes, 6 sur le GNL et 4 sur les forages offshores très profonds.
Les politiques se limitent le plus souvent à exclure des projets, mais n’excluent pas les financements aux entreprises. Elles ne suffisent donc pas pour réduire les soutiens des acteurs financiers au pétrole et au gaz non conventionnels. « C’est comme ça que AXA, le Crédit Agricole et BNP Paribas peuvent encore soutenir Total et ses projets d’expansion en Arctique malgré leurs politiques affichant qu’ils ne financent plus de projets en Arctique, prévient Clément Faul, analyste à Reclaim Finance. Il en va de même pour leurs soutiens à Shell qui bénéficie de leur loyauté alors que l’entreprise compte parmi les plus gros développeurs de gaz de schiste, une véritable bombe à retardement climatique ».
Un appel de Bruno Le Maire resté lettre morte
En octobre dernier, Bruno Le Maire demandait aux acteurs de la place de Paris d’adopter des politiques de sortie des pétrole et gaz non conventionnels. « Addicte aux pétrole et au gaz, la place de Paris ignore complètement la commande politique de Bruno Le Maire qui souhaite faire de Paris la capitale de la finance verte », souligne Alix Mazounie, chargée de campagne finance zéro fossile à Reclaim Finance.
Cet appel est pour l’instant resté lettre morte chez la plupart des acteurs. Reclaim Finance entre donc désormais en campagne pour demander aux acteurs financiers de s’engager d’ici la COP26.
L’agence internationale de l’énergie : un soutien de marque
La nouvelle feuille de route de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et limiter le réchauffement climatique à 1,5°C apporte de l’eau au moulin de Reclaim Finance. L’AIE invite en effet les acteurs de l’énergie à oublier dès maintenant tout projet d’exploration pétrolière ou gazière et à ne plus vendre de voiture thermique neuve au-delà de 2035. « Un revirement complet par rapport à l’AIE orientée fossiles d’il y a 5 ans », prévient Dave Jones, du think tank Ember, spécialisé dans l’énergie.
Pour atteindre cette neutralité carbone, l’AIE invite à changer de paradigme énergétique. « Au-delà des projets déjà engagés en 2021, notre trajectoire ne prévoit aucun nouveau site pétrolier ou gazier », note ainsi l’Agence. « La baisse rapide de la demande de pétrole et de gaz naturel signifie qu’il n’y a pas d’exploration requise et qu’aucun champ gazier et pétrolier nouveau n’est nécessaire au-delà de ceux déjà approuvés ». La feuille de route exclut aussi tout nouveau investissement dans les centrales électriques à charbon.
Dans l'actualité
- Vers 120% d’énergies fossiles en trop en 2030
- Les énergies renouvelables deviennent la première source d’électricité en Europe
- Les ENR surclassent les combustibles fossiles en Europe
- Fort rebond attendu des émissions de CO2 en 2021, selon l’AIE
- Pour l’AIE, il faut accélérer dans les technologies propres et le marché ne fera pas tout !
- L’AIE sonne le glas des fossiles
- Techniques de l’Ingénieur partenaire de Gazelec
- COP26 : au Jour du Dépassement, 100 Jours de Possibilité
- Le Royaume-Uni, entre transition énergétique et flambée des prix du gaz
- La Banque Postale abandonne les énergies fossiles d’ici 2030
- Quel climat pour la France en 2050 ?
- COP26 : entre désillusion, craintes et espoir
- Les coalitions anti-fossiles émergent à la COP26
- COP26 : réduire les émissions de méthane de 30% d’ici 2030
- COP26 : un bilan contrasté qui peine à convaincre
- L’Europe veut s’attaquer à la déforestation importée
- Électricité : Le monde se tourne vers l’éolien, le solaire… et le charbon
- Le solaire photovoltaïque contre les importations de gaz en Europe
- Deux mesures polémiques de la loi pouvoir d’achat sur l’énergie