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Monnaies cryptographiques et blockchains - Créer de la confiance
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Monnaies cryptographiques et blockchains - Créer de la confiance

Auteur(s) : Jean-Paul DELAHAYE

Date de publication : 10 mars 2017

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  • Jean-Paul DELAHAYE : Professeur émérite à l’université de Lille1 Centre de recherche en informatique, signal et automatique de Lille (CRISTAL), UMR CNRS 9189, France

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INTRODUCTION

La cryptographie mathématique a acquis une maturité remarquable depuis la seconde guerre mondiale. En même temps, les progrès dans la conception et la réalisation matérielle des réseaux informatiques ont conduit à en concevoir fonctionnant sans centre principal de commande : les réseaux pair-à-pair. Ces deux éléments associés à la puissance de calcul et de mémorisation dont chaque machine dispose aujourd’hui ont rendu possible la conception de nouveaux moyens de paiement qui ne ressemblent à aucun autre et sont susceptibles de bouleverser l’économie et la finance, voire bien d’autres secteurs d’activité.

Fin 2008, l’énigmatique Satoshi Nakamoto – c’est un pseudonyme – publie sur les réseaux un texte décrivant comment il est possible de mettre en place un système d’échange d’unités monétaires (qu’il nomme les bitcoins ) qui n’a besoin d’aucun contrôle centralisé pour fonctionner, contrairement à toutes les monnaies et à tous les systèmes de paiement en ligne. Le 3 janvier 2009, les programmes nécessaires au lancement de cette première « crypto-monnaie » sont prêts et elle est créée. Après des débuts confidentiels où seuls quelques experts en cryptologie connaissent son existence et s’y intéressent, elle se met à prospérer. Son cours, dérisoire en 2009, prend son envol, lui donnant une réalité concrète. Début 2013, un bitcoin vaut une dizaine d’euros. L’année 2013 est celle du décollage du bitcoin qui acquiert alors une notoriété mondiale. Il voit son cours multiplié par 50 en un an, pour atteindre 580 euros, le 1er janvier 2014. Après une période d’hésitations et de baisses de deux ans, en 2016, il regagne un cours entre 500 et 800 euros (607 euros le 1er juillet, 728 euros le 8 décembre 2016). Ses variations sont devenues raisonnables. Contrairement à ce qui avait été annoncé par de nombreux analystes hostiles à cet étrange objet numérique souvent mal compris, le bitcoin s’est toujours bien maintenu. Aujourd’hui, la capitalisation totale des 16 millions de bitcoins émis dépasse 11 milliards d’euros (le 8 décembre 2016). À partir de rien, la cryptologie mathématique et la technologie réseau ont donc créé des devises numériques qui s’échangent contre de l’argent sonnant et trébuchant, permettant par exemple à un étudiant norvégien – Kristoffer Koch – qui avait acquis pour 25 euros de bitcoins en 2009, d’en revendre une partie pour s’acheter un appartement au centre d’Oslo. Plusieurs centaines de crypto-monnaies, copiant plus ou moins le bitcoin ont été introduites, mais le bitcoin reste très largement dominant : sa capitalisation représente 80 % environ de la capitalisation de toutes les crypto-monnaies.

L’idée de cette monnaie est que, grâce à un subtil agencement de protocoles cryptographiques, on peut émettre une monnaie dont le contrôle se fera collectivement sur un réseau pair-à-pair, sans qu’aucune autorité ne dispose du pouvoir d’agir sur elle… et en particulier d’émettre de nouveaux bitcoins. Le protocole de Nakamoto a été rendu possible grâce aux fonctions de hachage cryptographique (qui assurent l’intégrité d’un gros fichier de comptes), aux protocoles de signatures à double clé (qui certifient que seul le détenteur d’un compte l’utilise), au concept de preuve de travail (qui organise un système d’incitation pour que de nombreux utilisateurs participent à la gestion et à la surveillance du système).

Ces primitives, convenablement assemblées, réalisent un dispositif numérique qu’on pensait impossible auparavant. La mise en place du protocole bitcoin doit aussi son existence à la puissance informatique dont chacun dispose et qui fait qu’avec son ordinateur personnel il peut contribuer à la surveillance de la monnaie bitcoin au travers d’un réseau pair-à-pair. Ceux qui le souhaitent peuvent télécharger des logiciels open source et participer à la surveillance de la monnaie bitcoin, c’est-à-dire vérifier que personne ne crée des bitcoins non prévus par le protocole, et que toutes les transactions se déroulent conformément aux règles définies au départ par Nakamoto (ces règles peuvent évoluer, mais seulement lentement, et à la suite de votes où seuls participent ceux qui contribuent collectivement à sa gestion).

Le registre des comptes qui détient une trace de chaque transaction entre comptes bitcoin depuis 2009 se nomme la blockchain . Chaque nœud principal (full node) du réseau (c’est-à-dire participant à sa gestion) en détient une copie et c’est cette information partagée, indestructible et infalsifiable qui assure la sécurité des comptes. Il y a aujourd’hui 5 000 nœuds principaux : 5 314 précisément le 8 décembre 2016. Personne ne peut manipuler un compte, personne ne peut créer d’autres bitcoins que ceux prévus par le protocole qui, grâce à cette blockchain, engendre et maintient la confiance des utilisateurs. Ce succès a conduit à envisager d’autres applications de telles blockchains. On les utilise pour mémoriser et garantir les informations d’un cadastre, pour enregistrer les données sur la localisation d’œuvres d’art, pour détenir et garantir l’authenticité des listes des diplômes délivrés par des écoles et des universités et qu’on souhaite rendre consultables par tous, pour organiser toutes sortes de transactions, jeux, votes ou paris, etc. De tels fichiers partagés et collectivement surveillés semblent fournir plus de garanties et de fiabilité que les méthodes traditionnelles à base de tiers de confiance (un opérateur central qui détient le fichier doit le mettre à jour, le sécuriser et le rendre accessible, partiellement le plus souvent). C’est la raison d’un intérêt croissant depuis trois ans pour cette technologie des blockchains directement inspirée du bitcoin. Notons qu’elle n’en dépend pas et s’en éloigne souvent, tant les variantes sont nombreuses et s’ajustent à des applications variées et innovantes.

Nota

dans ce texte nous avons utilisé des extraits de textes publiés par nous précédemment au sujet du bitcoin et des blockchains, par exemple dans notre blog ( http://www.scilogs.fr/complexites/). Le texte ici proposé est cependant une synthèse nouvelle et originale d’informations et une mise à jour aussi précise que possible à la date du 9 décembre 2016 sur ce sujet en évolution rapide.

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https://doi.org/10.51257/a-v1-h5538

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8. Autres blockchains possibles

La définition générale d’une blockchain pourrait être : une blockchain est un fichier (a) partagé sur un réseau pair-à-pair (c’est-à-dire reproduit et conservé en chaque nœud), (b) sécurisé par de bonnes primitives cryptographiques, (c) qui n’évolue que sous le contrôle d’une communauté ayant un intérêt à son existence, (d) où rien ne s’efface et (e) qui accroît son contenu par ajout périodique de pages chaînées les unes aux autres. En disposer est un moyen sûr de partager de l’information et de créer de la confiance entre des acteurs éloignés, qui éventuellement ne se connaissent même pas (voir ).

Satoshi Nakamoto a inventé et astucieusement mis en forme cette idée en lui donnant une implémentation particulière et ouverte : de nouveaux acteurs peuvent intervenir à chaque instant, d’autres peuvent se retirer, tout y est public, rien n’y est chiffré. Cependant, créer des monnaies numériques décentralisées n’est pas le seul usage qu’on peut faire de ce type de constructions logicielles à base de réseaux pair-à-pair,...

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BIBLIOGRAPHIE

  • (1) - DELAHAYE (J.-P.) -   Bitcoin, la crypto-monnaie.  -  Pour la science, p. 76-81, déc. 2013.

  • (2) - DELAHAYE (J.-P.) -   Les preuves de travail.  -  Pour la science, p. 86-91, avr. 2014.

  • (3) - DELAHAYE (J.-P.) -   Mathématiques et mystère.  -  Éditions Belin (2016). [Trois chapitres consacrés respectivement au bitcoin, aux blockchains, aux preuves de travail.]

  • (4) - HERLIN (P.) -   Apple, Bitcoin, Paypal, Google : la fin des banques.  -  Eyrolles (2015).

  • (5) - KROLL (J.) et al -   The economics of bitcoin mining, or bitcoins in the presence of adversaries.  -  12th Workshop on the economics of information security (2013).

  • (6) - MOUGAYAR (W.) -   The business blockchain, promise, practice, and applications of the next internet technology.  -  Wiley...

1 Sites Internet

[BNS] Bitcoin Network Shaken by Blockchain Fork http://bitcoinmagazine.com/3668/bitcoin-network-shaken-by-blockchain-fork/ (page consultée le 29 septembre 2016)

[CEV] Vulnerabilities CVE-2010-5139 https://en.bitcoin.it/wiki/Common_Vulnerabilities_and_Exposures#CVE-2010-5139 (page consultée le 29 septembre 2016)

[CHOI] Choisir votre portefeuille bitcoin https://bitcoin.org/fr/choisir-votre-porte-monnaie (page consultée le 29 septembre 2016)

[DEL] Autour du bitcoin http://www.lifl.fr/~jdelahay/LeBitcoin/ (page consultée le 29 septembre 2016)

[OSE] Qui osera dire après cela que le bitcoin n’est pas un marché manipulé ? http://www.forex.fr/newslist/6814-qui-osera-dire-apres-cela-que-le-bitcoin-nest-pas-un-marche-manipule (page consultée le 29 septembre 2016)

[PEO] 927 People Own Half Of All Bitcoins http://www.businessinsider.com/927-people-own-half-of-the-bitcoins-2013-12 (page consultée le 29 septembre 2016)

[PLA] Plateforme d’échange bitcoin https://bitcoin.fr/acheter-bitcoin/ (page consultée le 29 septembre 2016)

[SCR] The 9 Biggest Screwups in Bitcoin History http://www.coindesk.com/9-biggest-screwups-bitcoin-history/ (page consultée le 29 septembre 2016)

[TRAN1] Transaction https://en.bitcoin.it/wiki/Transaction (page consultée le 29 septembre 2016)

[TRAN2]...

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