Cette petite clé électronique n’est pas qu’une commande pour ouvrir et démarrer une voiture. Fabriquée au Mexique, passant les frontières d’Amérique du Nord grâce à l’accord de libre-échange, elle illustre l’impact que peuvent avoir les menaces douanières du président américain Donald Trump.
Les « key fob » traversent plusieurs fois les frontières Mexique-Etats-Unis-Canada, comme d’innombrables pièces détachées de l’industrie automobile.
Cependant, ce flux -jusqu’à huit passages de frontières- provoquerait une hausse du produit fini si, à chaque étape, les fabricants devaient payer une taxe de 25% à l’entrée des États-Unis, la menace de Trump envers le Mexique et le Canada sans compter l’Union européenne.
Voici une description du processus de fabrication d’un « key fob » dans la ville de Guadalajara (ouest). Et les possibles implications des tarifs douaniers que Trump brandit comme une arme pour corriger les déséquilibres commerciaux et faire pression sur le Mexique et le Canada pour contenir la migration et le trafic de drogue.
1. Le processus commence en Chine
Placée à l’intérieur de la clé, la carte électronique PCB, provient de Chine. Elle contient les composants qui activent l’ouverture et le démarrage.
C’est l’un des principaux achats du Mexique à la Chine, selon des chiffres officiels.
Tant Trump que le Canada accusent le Mexique d’être une porte d’entrée des produits chinois dans la région.
La présidente Claudia Sheinbaum conteste et prépare un plan pour remplacer les importations chinoises.
Selon le gouvernement mexicain, les automobiles assemblées n’ont que 7 % de composants chinois.
2. Traverser les frontières
Après l’arrivée des cartes, l’assemblage de milliers de clés commence dans une usine de Guadalajara, visitée par des reporters de l’AFP.
Pendant ce processus, la pièce peut aller aux États-Unis et retourner au Mexique. Le nombre de fois dépend de facteurs comme la marque de la voiture, l’emplacement des fournisseurs ou la complexité de l’assemblage.
« Je peux entrer (un produit) à l’usine, le sortir pour la peinture et le réintégrer en production (…) Il y a un échange entre les pays pour continuer les processus », explique Hernán Dueñas, responsable de la logistique de l’usine dont il a demandé de ne pas divulguer le nom en raison d’accords de confidentialité avec ses clients.
Le Mexique est le septième plus grand producteur de voitures et abrite des constructeurs comme Ford, General Motors, Honda, Toyota, Volkswagen, BMW et Audi, qui emploient des milliers de fournisseurs et de personnel qualifié.
C’est pourquoi l’industrie automobile – qui représente 3,6 % du PIB mexicain – est emblématique de l’intégration du T-MEC, l’accord commercial nord-américain.
3. Des dizaines de composants et de fournisseurs
Après être passés par des machines soudant leurs composants, la carte électronique est découpée et insérée dans une coque, et les boutons sont ajoutés.
Au total, la clé comporte 54 composants provenant de 22 fournisseurs en Asie, en Amérique du Nord et en Europe. Certains sont produits au Mexique ou arrivent par avion ou par mer, ce qui peut prendre jusqu’à six mois.
Selon les règles du T-MEC, négociées pendant le premier mandat de Trump (2017-2021), 75 % du contenu d’un véhicule doit être produit en Amérique du Nord pour être exempt de tarifs.
Avec le « Plan Mexique », Sheinbaum vise à augmenter de 15% le contenu national dans les chaînes de valeur de ce secteur et d’autres comme l’aérospatial.
4. Coup fatal
Pour Hernán Dueñas et d’autres représentants de l’industrie, l’avantage majeur du T-MEC est l’absence de tarifs douaniers, mais aussi une « relation de confiance » qui dynamise les processus.
Mais ces facilités seraient détruites si, à partir du 2 avril, chaque fois que ces biens franchiraient les frontières, des droits de douanes devaient être acquittés.
« La dynamique de la production ne pourra pas supporter », avertit Philippe Waechter, chef de la recherche économique chez Ostrum Asset Management. « On pourrait imaginer un blocage » du marché automobile et « immédiatement une augmentation de 3.000 dollars du prix (moyen) des voitures », ajoute-t-il.
Le Mexique et le Canada ont obtenu un report de l’exécution de la menace de Trump. Des ministres mexicains doivent négocier ce jeudi à Washington avec le secrétaire d’État Marco Rubio sur les questions de sécurité et de droits de douane.
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