Des militants de la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, ont déversé des sacs d’abeilles mortes sur le stand de Phyteis, lobby des pesticides, au Salon de l’agriculture vendredi, pour protester contre la possible réintroduction d’un « néonicotinoïde tueur d’abeilles », avant d’être évacués par la sécurité.
« Les abeilles ont Duplomb dans l’aile », pouvait-on lire sur les autocollants qu’une trentaine de militants ont apposés sur le stand de Phyteis, qui regroupe 18 fournisseurs de produits phytosanitaires, sous le regard curieux des visiteurs.
Ce slogan fait référence au sénateur LR Laurent Duplomb, un des auteurs d’une proposition de loi visant à réintroduire, par dérogation pour des filières en crise, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, interdits en France depuis 2018, mais autorisés ailleurs en Europe jusqu’en 2033.
Votée par le Sénat, cette proposition doit être étudiée dans les prochaines semaines par l’Assemblée.
Interrogée sur Sud Radio vendredi matin, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a réitéré son « soutien » à la proposition, « adoptée au Sénat dans une forme qui est raisonnable et encadrée », selon elle. Certaines cultures ont besoin « d’outils de protection, c’est-à-dire des produits phytosanitaires, pour autant qu’ils ne soient pas dangereux pour la santé », a-t-elle ajouté.
La dangerosité de la molécule concernée par la proposition de loi, l’acétamipride, est avérée pour de multiples espèces, selon plusieurs études. Sur la santé humaine, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) évoque des « incertitudes majeures » concernant leur « neurotoxicité développementale », c’est-à-dire un potentiel effet nocif sur le système nerveux.
« Les pesticides, les paysans, les paysannes et la biodiversité en sont les premières victimes », a déclaré vendredi à l’AFP Laurence Marandola, porte-parole de la Confédération paysanne, citant aussi la qualité de l’eau, les riverains des cultures et « évidemment » les consommateurs.
« On n’a pas besoin de pesticides, on a besoin de revenus et d’accompagnement pour en sortir », a-t-elle proclamé au micro lors de l’action, avant d’être interrompue par des agents de sécurité, a constaté une journaliste de l’AFP. « On a été encerclés brutalement », a dénoncé la porte-parole après son évacuation.
Deux jeunes apicultrices ont été entraînées par des policiers mobilisés sur le Salon pour un contrôle d’identité. Après des discussions agitées avec des agents de sécurité, tous les militants ont été autorisés à regagner leur stand, a constaté la journaliste de l’AFP.
Le président de Phyteis et de Bayer France, Yves Picquet, a manifesté auprès de l’AFP son « grand étonnement » face à une action qualifiée de « violente » sans « tentative de dialogue ». « Nous nous inscrivons depuis longtemps dans cette dynamique de diminuer l’empreinte de la production agricole sur l’environnement », a-t-il dit.
Pour Muriel Pascal, apicultrice en Lozère, la réintroduction de l’acétamipride serait « un recul de plusieurs décennies de lutte et de progrès, qui ont fait reconnaître la dangerosité des néonicotinoïdes ».
« L’abeille, c’est la sentinelle de l’environnement », affirme-t-elle, ajoutant qu’aucun éleveur n’accepterait de perdre 30% de ses animaux, quand c’est le cas pour certains apiculteurs qui voient disparaître leurs colonies.
Face aux pesticides mais aussi à la concurrence du miel importé, « on ne se sent plus protégés par les institutions ni par notre interprofession » Interapi, ajoute-t-elle, affirmant que la direction de celle-ci est « verrouillée par la FNSEA », le syndicat historique.
Cet argument a poussé la Confédération paysanne à annoncer vendredi son départ de l’Interapi.
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